Biutiful

Où Barcelone est victime d’un assombrissement, où elle devient le nid de la mort…

Pour vous l’Espagne évoque le soleil, la chaleur. Pour Inarritu, ce n’est pas si lumineux. Pas une seule fois, Barcelone, ville colorée et scintillante n’apparaît sous le soleil. On erre dans les quartiers obscurs où la pauvreté fait rage. C’est un nouveau film au décor très sombre que nous livre le réalisateur de « Babel », « Amours Chiennes » et « 21 Grammes ».

Le personnage principal est Uxbal, interprété par Javier Bardem, usé et rongé par un cancer. Mais, la mort est l’un des autres personnages du film, elle est omniprésente : elle se cache, se fait attendre, on la croise à plusieurs reprises. La mort tisse sa toile dans Barcelone, elle se l’approprie, afin de préparer Uxbal à cet univers. Le quartier serait comme une sorte d’entonnoir. L’homme est sur une pente glissante, la maladie, et peut à tout moment tomber ; une chute libre vers la mort. C’est ainsi que Uxbal, ses enfants un peu déboussolés et leur mère bipolaire totalement irresponsable, évoluent dans cet antre sombre, sale et triste. La mort se montre, elle offre même à Uxbal le don de pouvoir parler aux défunts, ses futurs compagnons. Elle fait également de lui, l’assassin d’un groupe d’asiatiques sans papiers, qu’il intoxique en installant des chauffages à bas prix dans le dortoir où ils dorment. Deux méfaits qui le rapprochent inéluctablement d’Elle. C’est comme si Elle attendait un point de non retour, une souffrance ultime insoutenable qui le pousse inexorablement vers Elle, vers son monde. Pourquoi vouloir l’emporter, il vit déjà un enfer sur Terre ?

Non content d’évoluer dans un univers morbide, Inarritu rajoute une bonne dose de misérabilisme. En effet, d’autres histoires parallèles, restes de son travail avec Guillermo Arriaga, son scénariste sur ses trois derniers films, alourdissent le film. Elles ne font qu’augmenter la détresse du malade et du spectateur, étouffant les râles de cet homme miné. Un film esthétique certes, mais une peinture sépulcrale trop sèche, sans espoir. Uxbal souffre, mais nous souffrons tout autant que lui, englués que nous sommes nous aussi dans ce monde ténébreux.

MF

Bande annonce : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19127715&cfilm=140139.html

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