Lumière sur... Joel et Colin

Joel et Colin / Macnally, sont deux haïtiens de 32 et 33 ans venus spécialement pour le Kino Kabaret de Bordeaux ! Ils nous parlent un peu de leur expérience dans le cinéma à Haïti.

 

Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?

Colin : Je suis dans le cinéma, mais à la base je suis technicien en mécanique. Avec le cinéma j’oublie la mécanique et j’oublie toutes mes autres activités, c’est la vie d’artiste !

Joel : Avant j’étais technicien agricole, et maintenant je ne suis QUE cinéaste !

 

Comment êtes-vous arrivés ici ?

Colin : Si on est là aujourd’hui, c’est parce que le cinéma nous a permis de trouver l’argent pour venir ici ! Il faut savoir que venir en France pour un haïtien, c’est pas facile : il y a une tonne de papiers à remplir, et le billet d’avion coûte de 900 à 1000 euros !

 

Et vous gagnez votre vie grâce au cinéma ?

Joel : On fait du cinéma, mais ça ne marche pas avec notre ambition !

On va essayer de bousculer les choses pour que le cinéma existe vraiment en Haïti. Aujourd’hui, on peut dire qu’on survit, mais dans 5/10 ans, on espère pouvoir dire qu’on vit du cinéma et que c’est devenu un vrai métier. On fait aussi ça pour que la génération suivante puisse faire ce qu’elle aime.

 

Vous travaillez ensemble ?

Colin : Oui on travaille souvent ensemble. Je suis réalisateur et cadreur, et Joel c’est mon monteur. Ça fait plus de 2 ans maintenant, depuis qu’on a quitté l’école de cinéma que l’on a fait ensemble. C’était 2 ans intensifs de 8 heures par jour pendant 6 jours … ça fait beaucoup !

 

Sur quel type de projets vous travaillez ?

Joel : On fait des clips, des publicités, des activités culturelles (par exemple, la captation live d’un set acoustique pour un artiste qui le met sur sa chaîne Youtube).

Colin : Actuellement, on a beaucoup de projets qui sont en cours de montage, et on les a mis en standby le temps du Kabaret. On les reprendra quand on rentrera en Haïti.

 

Sur quoi vous pensez pouvoir vous améliorer ?

Colin : J’aime beaucoup tout ce qui tourne autour de la lumière. J’aimerai avoir une formation en éclairage pour bien savoir ce que je peux faire, et ainsi maîtriser et approfondir la lumière sur mes projets !

 

Vous parlez anglais ?

Colin : En Haïti, on parle français et créole, mais parfois à l’école dans le domaine de l’art c’est une langue qu’on est obligés de parler. L’école fait souvent venir des productions des USA (par exemple : la Fondation Clinton, Google, Ben Stiller, etc.), donc on est amenés à s’exprimer en anglais.

 

Avant l’école vous faisiez quoi ?

Colin : Moi avant l’école j’étais acteur. On m’a solicité comme acteur principal dans un projet et ça m’a donné envie d’être cinéaste. Ils m’ont encouragé et j’ai dit pourquoi pas ? Alors j’ai foncé et ça marche !

Joel : Moi ça m’est arrivé par accident, et aujourd’hui c'est de l‘amour. J’ai appris que Ciné Institute (leur école, ndlr) lançait les inscriptions et j’y suis allé. Maintenant je ne peux plus faire autre chose que monter et aller aux tournage ... je deviens dingue !

 

Comment avez-vous connu le Kabaret ?

Colin : On a un ami qui a été à Kinomada avec Jean-Baptiste et dès son retour il nous en a parlé. Un jour il a envoyé un mail à Joel pour dire qu’il y avait le Kino Kabaret à Bordeaux. Joel m’a appelé et m’a proposé d’y aller. C’était comme une blague... j'ai dit "je sais pas comment ça va finir, mais je vais m'y inscrire !"

 

Qu'est-ce qui vous a donné envie de venir ici ?

Colin : Il y a deux semaines je n’avais pas les moyens, j’ai fait un projet, ils m'ont payé et c’est comme si tout était arrivé d’un coup. Je ne me suis pas arrêté j’ai continué jusqu’à la fin. C’est une expérience nouvelle. Tout ce que j’ai appris ici, je vais le transmettre chez moi à mes collègues, les gens qui étudient avec moi, mes frères, ma famille, etc.

Joel : Avant de venir, on avait le projet de créer un “combit” (mot créole qui veut dire "ensemble / on met tout ensemble pour créer"). On a pris du temps pour bien l'élaborer. Venir ici nous permet aussi de voir comment ça fonctionne... mais en rentrant, on veut introduire une cellule Kino en Haiti !

 

Comment trouvez-vous l'ambiance ici ?

Joel : Bon-enfant !! On est tous des enfants, on n'a pas d’âge, pas de soucis. C'est ça que j'aime : les artistes ont tous une certaine liberté et font les choses comme bon leur semble.

 

Qu'avez-vous retenu de l'expérience ?

Colin : Vivre une telle expérience, et en plus à Bordeaux... C'est tout à fait enrichissant ! J’avais entendu parler de Bordeaux avant, mais je ne connaissais pas du tout. Maintenant que j'ai vu ce que c'était, je dirais que si je devais vivre en France, j’irai à Bordeaux !


Joel : Le monde devrait être un Kino ! Il n’y a pas de noir, arabe, musulman, chrétien, homo, hétéro... il y a simplement des gens qui créent ensemble. 

La preuve : à chaque fois qu’on avait besoin de quelque chose, tout le monde nous a aidé avec plaisir ! Ici, on est tous dans le même bateau, c’est ce qu’on aime. On est tous ensemble dans Kino !

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