Métier du cinéma : le preneur de son

Julien ROuveron, preneur sonQuand on pense Kino, la première idée qui vient est une session entre amis, une bière à la main et les yeux grands ouverts. Mais Kino Session est aussi et surtout là pour aider ceux qui le souhaitent à en apprendre plus sur le cinéma, ou plutôt les coulisses du cinéma. Dans cet objectif, nous sommes allés à la rencontre d’un preneur de son, bien connu de l’association, pour qu’il nous parle un peu de lui et de son métier.

 

Julien, est-ce que tu pourrais nous dire quelques mots sur toi pour commencer?

Et bien je m’appelle Julien Rouveron, j’ai 30 ans, je suis preneur de son depuis cinq ans et intermittent depuis un an. Les quatre premières années ont été assez difficiles financièrement mais je suis déjà très heureux de vivre de ma passion. On ne fait pas ce métier pour s’enrichir.

 

Parle nous de ton parcours, est-ce que tu as fait des études dans le cinéma?

J’ai fait un Master Production Audiovisuelle à la Fac. J’ai trouvé ça très général, surtout de la culture cinématographique et une petite partie technique. Cette partie technique était animée par deux, trois intervenants professionnels qui m’ont guidé sur ce que je voulais faire.
En fait, j’avais envie de faire du cinéma bien avant mes études mais je ne savais pas comment et la Fac ne m’a pas aidé… C’est l’attitude des intervenants qui me faisait rêver; ils allaient hors des sentiers battus, ils étaient passionnés.

 

Alors comment es-tu passé de la théorie à la pratique, en gros de tes études à un métier concret?

A la fin du Master, j’avais 12 semaines de stage à effectuer que j’ai fait comme stagiaire machiniste et régisseur. J’ai participé à deux tournages. Le premier était très difficile, mon chef était très dur, le boulot était très sérieux, j’ai fini totalement épuisé. Mais je me suis dit, “si je ne craque pas, c’est que c’est fait pour moi!”. Ce qui m’a beaucoup aidé et permis de tenir les années suivantes. Et puis quelle fierté ! Le film est sorti au cinéma, il s’appelait “Landes”, et voir un film auquel on a participé sur grand écran ça n’a pas de prix! Le deuxième tournage a été beaucoup plus facile et posé, c’était un autre genre mais ça n’a fait que confirmer mon envie d’être sur les tournages.

Du coup, quelques mois après la Fac, j’ai recontacté les intervenants que j’avais rencontré et c’est eux qui m’ont donné mes premiers contrats. J’ai donc appris le métier sur le tas. Comparé à certains collègues, j’ai des lacunes techniques mais j’ai déjà participé à une centaine de tournages et c’est ce qui compte à l’embauche; les réalisateurs recrutent des personnes qui connaissent le terrain, qui savent s’adapter à un tournage pas ceux qui ont fait les plus longues études.

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Mais du coup, pourquoi avoir choisi le son?

La première raison est bête mais c’est que ça faisait peur aux autres, c’est trop de responsabilité. Ensuite, c’est parce que c’est un des rares métiers dont j’avais appris des bases pendant mes études, c’était donc la seule chose à laquelle je pouvais accéder et qui m’intéressait. J’ai perché pour la première fois alors que j’étais régisseur plateau et ça m’a plu du coup j’ai voulu en faire de plus en plus.

 

Qu’est-ce qui te plaît alors dans ce métier?

Je voulais absolument être sur le plateau et faire partie du cercle restreint des personnes qui sont indispensables sur le tournage, de ceux qui sont au plus près quand le réalisateur dit “Action”. Un preneur de son doit connaître les dialogues, suivre les mouvements des comédiens, ça demande beaucoup de précision car on ne peut pas tricher avec le son, pas comme avec l’image.

Et puis j’ai une fascination assumée pour les comédiens, leur faculté à transmettre des émotions. Du coup je vis la scène avec eux, c’est une véritable vocation, une passion!

 

Est-ce que ça ne te donne pas envie d’être comédien ou réalisateur?

Comédien pas du tout! Je l’ai déjà fait, ce n’est pas mon truc, je fais toutes les erreurs qu’il ne faut pas faire, c’est catastrophique. C’est sûrement aussi pour ça qu’ils me fascinent tant. Quant à réaliser, j’aime ça, j’ai fait deux Kino et ça m’a plu mais ça demande trop de temps.

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Est-ce que tu pourrais nous expliquer en quelques mots en quoi consiste ton métier?

Je suis preneur de son, c’est ce que je dis aux gens car c’est ce qui leur parle le plus. On appelle aussi ça premier assistant son ou perchman. En fait, je suis sous les ordres de l’ingénieur son, aussi appelé chef opérateur son. C’est lui qui organise le tournage, choisit le matériel, créé l’équipe, écoute pendant les prises, etc. Mais il ne perche pratiquement jamais.
Moi, en tant que premier assistant son, je fais en sorte de répondre aux besoin du chef opérateur son. Je dois connaître les dialogues et les mouvements pour percher au mieux et produire le meilleur son possible. Mais sur des petits projets, je fais les deux. Parfois ils n’ont pas le budget pour avoir un chef opérateur et un assistant donc je prends mon matériel et la double casquette.
Certains d’entre nous font aussi de la post-production mais moi je considère que ce n’est pas mon taf et je n’aime pas ça. Ce que j’aime c’est les tournages!

 

Comment a commencé ton histoire avec Kino Session?

J’en avais entendu parler à la Fac lors de sa création car j’avais des potes qui y participaient mais je ne m’y suis intéressé que sept ans plus tard. A cette époque, quelqu’un m’a contacté pour que je travaille sur son court métrage, j’ai accepté, je suis allé à la session, j’ai aimé donc je suis allé au dating, j’ai été engagé sur un autre projet, puis sur le Fil Rouge et tout s’est enchaîné. J’ai rencontré quasiment tout de suite ceux qui sont devenus aujourd’hui de vrais amis comme Cédric, Mathilde, Seb et les autres. Vu que ça se passait bien on me rappelait et moi j’avais envie d’y aller donc je me suis vite retrouvé à participer à quasiment tous les Fils Rouges, à faire trois à sept films par session, je n’avais même plus besoin d’aller aux datings.

J’ai vraiment grandit professionnellement et amicalement avec Kino. Je me suis créé l’expérience dont j’avais besoin pour travailler sur des projets pro, ça m’a permis de tester mon matériel et de me faire un super réseau.

Aujourd’hui ça a un peu changé pour moi, je suis appelé de plus en plus sur des films produits, donc rémunérés qui ont forcément la priorité. Je reste toujours dans la sphére Kino, je viens toujours aux sessions et j’essaie de participer à au moins un tournage à chaque fois mais c’est vrai que je ne veux pas m’engager auprès de personnes qui comptent sur moi pour les planter deux jours avant parce que je suis appelé sur un tournage professionnel.

 

Est-ce que tu as un message à faire passer aux kinoïtes?

Oui, tout à fait, on pourrait en parler des heures. Quand je suis arrivé à Kino, j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de problèmes de sons, que la qualité était très inégale selon les projets. Bon, à l’époque, je me disais qu’au moins j’aurai du boulot…

Je pensais que les gens ne voyaient pas l’utilité d’un son propre, que c’était trop compliqué, mais je me suis aussi aperçu qu’il y avait peu d’ingé son. Pourtant ça change tout ! Surtout que le principe de Kino Session est d’investir des lieux qui ne sont pas forcément faits pour des projections ce qui  gâche parfois les qualités sonores d’un film. Si, en plus, il n’y avait pas d’ingé son sur le film, c’est la cata, on ne comprend rien.

Ayant travaillé sur de nombreux projets, je me disais que les gens avaient compris, que le message était passé mais on voit, encore aujourd’hui, trop de projets sans perchman ni mixage. Ça devrait être normal au même titre qu’un cadreur ou un comédien.

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Qu’est-ce que tu leur conseilles alors?

D’embaucher des étudiants, de l’IREM par exemple. Ils ont envie d’apprendre, besoin de se faire la main sur de vrais projets, de traîner sur des tournages. C’est leur donner une chance de progresser tout en améliorant la qualité de son film. Surtout que c’est génial quand tout le monde débute, on apprend ensemble, on est plus indulgents les uns avec les autres, c’est le meilleur moyen d’évoluer.

 

Quels sont tes projets pour les mois à venir?

Continuer à enchaîner les tournages et tourner mon troisième film. Le scénario est écrit, l’équipe est montée, j’attends d’être encore un peu plus organisé et… les conditions météo idéales!

 

Comment s’appelle-t-il?

Il s’appelle “Si fragile”.

 

Merci Julien !

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